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Alors que la crise financière commence à faire des ravages en Allemagne, un homme est au coeur de la tourmente: Peer Steinbrück, ministre des Finances, très remonté contre les Etats-Unis il y a deux semaines, critiqué maintenant pour sa gestion.
La défaillance de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers à la mi-septembre et la réaction en chaîne qui a suivi ont d'abord été l'occasion pour le ministre social-démocrate de se mettre en scène.
Acte I: Peer Steinbrück rassure, en vantant la solidité du système bancaire allemand, et dit prévoir "des conséquences limitées" de la crise sur l'économie de son pays.
Acte II: le ministre pointe un doigt vengeur vers les Etats-Unis, "le berceau (...) d'une conviction fondamentale néo-libérale clamée à l'envi" et de "la course au profit".
Le tout avec la satisfaction non dissimulée du "je vous l'avais bien dit", puisque le ministre était l'an dernier l'un des avocats sur la scène internationale d'une régulation plus poussée des marchés financiers, et que ses propositions avaient été rejetées notamment par les gouvernements américain et britannique.
Sous ses dehors austères d'Allemand du Nord, dont le prénom rend hommage à une grand-mère danoise, le social-démocrate âgé de 61 ans, à l'ironie mordante, cache un goût certain de la provocation, pas toujours apprécié. Et là encore, celui qui est ministre depuis 2005 ne s'est pas privé, appelant à "re-civiliser" des marchés comparés à des hordes de barbares, et à la prise par chacun de ses responsabilités.
Mais "plus l'ampleur de cette crise apparaît clairement, plus le complexe de supériorité paraît stupide", commente lundi le quotidien Financial Times Deutschland, impitoyable avec celui "qui se complaisait dans son rôle de critique des excès américains et de défenseur du modèle allemand supposé stable".
L'acte III a en effet vu la belle assurance de M. Steinbrück sur la santé du système bancaire allemand voler en éclats, sur fond de sauvetage en catastrophe de la banque Hypo Real Estate (HRE). Et c'est là que les choses se gâtent pour Peer Steinbrück, celui que la presse économique a un temps surnommé "Su-Peer (super, ndlr) Steinbrück" et encensé pour son orthodoxie budgétaire.
Le sauvetage de la banque était certes nécessaire pour éviter un effet domino qui aurait complètement sinistré le système bancaire et toute l'économie allemande. Mais il signifie aussi que l'objectif du ministre -- ramener le déficit fédéral à zéro à l'horizon 2011 -- pourrait fort bien être compromis. Et qu'il avait décidément parlé trop vite en déclarant son pays indemne.
L'intervention de Berlin n'a de surcroît pas empêché les problèmes d'Hypo Real Estate de s'aggraver au cours de la semaine passée. Et Peer Steinbrück a beau tempêter contre la direction de la banque, accusée de mensonge et de dissimulation et l'appeler à démissioner, une partie des critiques le vise directement.
C'est lui qui, ayant parlé lundi dernier de "liquidation" des actifs de HRE, aurait précipité la crise. La phrase malheureuse, démentie le lendemain par un de ses secrétaires d'Etat, a donné lieu à un cafouillage qui a duré toute la semaine, entretenant l'incertitude sur le sort de la banque. Lundi encore le ministre s'efforçait de corriger le tir, en faisant dire par son porte-parole que "HRE (était) une société fondamentalement solide".
Le ministre à l'image glaciale de statisticien, déjà malaimé dans son parti, risque de regretter d'avoir tiré la couverture à lui dans la communication sur la crise. A part lui, seule la chancelière conservatrice Angela Merkel s'exprime sur le sujet, son confrère de l'Economie, Michael Glos, brillant par son absence.
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