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Publié le 01/10/2008 08:30 - Modifié le 01/10/2008 à 10:36 | Recueilli par Laurent Benayoun

Krach financier : le scénario le plus noir

Panique boursière. Fuite de l'épargne L'explosion des déficits Le danger des «Swap» Le péril chinois

Dans le monde entier, les traders s'affolent. Photo AFP
Dans le monde entier, les traders s'affolent. Photo AFP

Confiance, défiance… Quand le climat de peur s'installe chez les petits épargnants.

Comme le rappelle l'économiste François Morin, ancien membre du conseil général de la Banque de France, le scénario le plus immédiat serait le risque de panique boursière avec la « vente détresse » de titres. Comme ce fut le cas en 1929. On observe déjà que certains petits épargnants, avec le rejet du plan de sauvetage du système financier américain par la Chambre des représentants, préfèrent « retirer leurs billes. » La chute des actions provoquerait alors l'effondrement de la Bourse.

Scénario pire encore, le risque de panique des épargnants venant retirer leurs dépôts dans les établissements bancaires. Une caisse de garantie qui, par exemple, ne disposerait plus que d'1 milliard d'euros, ne serait plus en mesure de couvrir tous les dépôts français. On verrait des files d'attente aux guichets bancaires, comme ce fut le cas à l'époque en Argentine ou au Brésil. Les banques tireraient leur rideau, seraient nationalisées, et les déposants indemnisés en tout ou partie. Quoi qu'il en soit, les contribuables seraient forcément mis à contribution au bout du compte.

Mais en Europe aussi, le coût des plans de sauvetage et des nationalisations de banques risque d'accroître les déficits budgétaires. Dans ce climat de défiance, les investisseurs pourraient se détourner des emprunts d'état plus nécessaires que jamais. Les états eux-mêmes pourraient se heurter à des difficultés de financement.

Autre risque : que les couvertures de Crédit Default Swap (contrats d'échange de risque de défaut) soient activées. Ces swaps permettent de s'assurer (contre des risques de faillite ou de perte de valeur de portefeuilles). En fait on parie sur les difficultés de l'autre contractant. Le montant de ces CDS représente 62 000 milliards de dollars, l'équivalent de l'ensemble des dépôts bancaires du monde. Ces CDS sont considérés comme une des causes de la chute d'e l'assureur géant AIG, une desgrosses sociétés d'assurances américaines. La banque Lehman Brothers était un des premiers acteurs sur ce marché jusqu'à sa faillite.

Le plan Paulson grossirait ladette US. Que feront les Chinois qui détiennent déjà 800 milliards de $ et autant de bons du Trésor américain ? Leur intérêt bien compris est de permettre aux Américains de continuer à vivre à crédit pour que leurs usines tournent. Mais si le dollar « dévisse », ils pourraient se détourner de ces emprunts…


Interview

« Tout évolue d'heure en heure»

La crise dans laquelle nous sommes peut-elle encore s'aggraver ? C'est possible mais non plausible. Il est impossible de dire à l'heure actuelle ce qui va se passer. Tout évolue d'heure en heure. Cependant il ne faut pas se laisser aller à un scénario catastrophe. Les banques centrales ont bien retenu la leçon de 1929 et feront tout pour éviter l'effet domino.

Pour le particulier quels sont les effets directs de cette crise ? Le premier résultat, celui que traduisent les mauvais chiffres du chômage, c'est le ralentissement de l'activité. On construit moins, on consomme moins, on exporte moins, l'emploi diminue. Pour l'heure, il n'y a pas récession, mais il y a stagnation.

Peut-on envisager une récession ? Le gouvernement a peu de marge de manœuvre. Pour en avoir il aurait fallu qu'il s'attaque aux déficits publics et de la Sécurité sociale. Il est regrettable qu'il n'ait pas été rigoriste dans ce domaine. Cette situation singulière en Europe diminue notre poids.

La Chine détient une bonne partie des emprunts américains. Son économie et sa croissance qui tirent l'économie mondiale peuvent-elles en être affectées avec des répercussions pour nous ?

La Chine est une force de stabilisation. Elle a besoin d'exporter pour faire tourner ses usines. Mais elle détient aussi beaucoup d'obligations en Amérique et il ne faudrait pas qu'elle soit débordée. C'est possible mais pas plausible.


Témoin. Aux guichets des banques.

« Il y a des retraits exceptionnels »

Directeur général de la Banque Populaire Occitane, Alain Condaminas, est bien placé pour analyser la situation actuelle : « Au début de cette crise irrationnelle, on nous posait quelques questions, justifiées d'ailleurs, sur l'attitude à adopter, indique le numéro un de la BPO. Depuis hier, le phénomène s'accentue. Nous constatons de s retraits, exceptionnels en quantité, certes rares, et concentrés en certains endroits ». Pour Alain Condaminas, ce n'est pas la bonne stratégie à adopter en ces temps compliqués : « En faisant cela, les clients croient régler un problème. Or, ils en créent un nouveau aux conséquences plus graves ». Selon le banquier, « il convient de garder son calme. Les banques françaises sont solides et possèdent parmi les meilleures réserves financières du monde. De plus, nous avons toujours eu des pratiques saines en matière de crédit, ce qu'on nous a souvent reproché ». Alain Condaminas estime que cette politique était la seule possible : « Nous avons accordé des prêts à des gens qui avaient un bon projet et la capacité de rembourser. C'est notre éthique, notre rôle de conseil ». Pas de panique donc : « Nous allons gagner de l'argent en 2008, assure le patron de la BPO. La raison va finir par l'emporter ».

 
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