Publié le 30/09/2008 11:05 | LaDepeche.fr

Afghanistan. Comment Al-Qaïda exploite la mort des soldats français

Le chef de guerre Hekmatyar a revendiqué l'embuscade meurtrière du 18 août au nom du réseau Ben Laden.

Le sulfureux chef de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar a revendiqué hier dans une vidéo la responsabilité de l'embuscade qui a tué dix soldats français ,dont 8 paras du 8e RPIMa de Castres, près de Kaboul, le 18 août.

Avec des détails précis sur cette attaque qui avait déjà été revendiquée par les taliban et qui révélait une efficacité et un savoir-faire inquiétants. Cette double signature n'est pas rassurante.

Homme des alliances de circonstance, Hekmatyar, qui roule aujourd'hui pour Al-Qaïda, menace d'autres attaques les forces d'occupation et son message tient à la fois de la promotion et de l'appel au peuple rebelle à se rallier à son turban noir avec armes et argent.

Désormais bête noire des Américains après avoir été l'un de leurs protégés durant la guerre contre les Soviétiques (79-89), il apporte la démonstration qu'Al-Qaïda peut monter des opérations d'envergure en mobilisant des troupes de terrain capable de dépasser leurs antagonismes. Armé et téléguidé par la CIA contre les Soviétiques, après leur départ, Hekmatyar s'est allié un temps à d'autres chefs de guerre dans une haine commune des taliban. Le fait qu'il travaille à nouveau avec eux n'est pas de bon augure. Cela signifie qu'il partage avec eux une même ambition : chasser d'Afghanistan les troupes étrangères alliées du président Karzai. Ce qui n'empêche pas les différents clans de se livrer une véritable bataille sur le terrain médiatique.

Bien que figurant sur la liste des terroristes recherchés par Washington, Hekmatyar, ex-Premier ministre éphémère, n'a pas renoncé à jouer un rôle national et voudrait se présenter en position de force dans une négociation avec le gouvernement afghan.

Ce chef islamique sans scrupule aucun a été accusé de nombreuses exactions pendant la guerre civile afghane, lorsque les commandants de moujahidines se sont déchirés après la chute du régime communiste (92-96). Sa rivalité avec le commandant Massoud a notamment conduit à la quasi-destruction de Kaboul.

Le groupe d'Hekmatyar bénéficie d'une implantation ancienne dans les environs de Kaboul et dans l'est de l'Afghanistan, alors que les bastions historiques des talibansse situent dans le sud du pays. Si elles restent ambiguës, les relations d'Hekmatyar avec les taliban résument le chaos afghan, sa complexité et son extrême dangerosité pour les forces étrangères.

Jean Savaric


L'accrochage de Kapissa

On en sait un peu plus sur l'accrochage de samedi à Kapissa, à l'est de Kaboul (lire La Dépêche de lundi), et dans lequel ont été impliqués notamment des soldats des 8e RPIMa de Castres, 17e RGP de Montauban et 35e RAP de Tarbes. Au moins une dizaine de militaires de ces unités, ainsi que du 1er REC d'Orange, ont été « vus par les services de santé », précise l'état- major ; 9 d'entre eux ayant subi des « blessures par balles ou éclats ». 4 soldats ont été plus sévèrement touchés à des degrés divers : 2 du 8e RPIMa et 2 du 17e RGP. Ces 4 hommes ont été évacués vers l'hôpital militaire de la base interalliée afghane de Bagram. De source militaire locale, on indiquait que les 2 paras montalbanais touchés (« l'un au visage sans danger pour la vue, l'autre à la jambe avec une fracture provoquée par l'explosion d'une roquette RPG ») devaient être rapatriés sur un établissement hospitalier militaire de la région parisienne.

J.S.

 
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